La carrière de Polyphème

Samedi 25 septembre 2010, par Grenouille // Mines et carrières

Au cœur de la foret, le promontoire rocheux surplombe la rivière, au bout du câble, sur la plateforme : le treuil.

Non loin de là, des wagonnets, et en suivant les rails, la carrière apparait.

Nous sommes dans le calcaire fin du Jurassique (Calcaire Tithonien), sur la bordure continentale qui a donné les calcaires récifaux qui selon la dureté et la teneur en carbonates donneront de la pierre à chaux ou du marbre.

Ici, l’extraction a certainement commencée à l’époque romaine pour s’essouffler au XVIIè siècle.

Abandonnée vers 1830, cette carrière de marbre connaitra une nouvelle période intense vers 1850 jusque dans les années 1930. L’épuisement du filon, la qualité devenue médiocre du minerai (blocs fractionnés et gélineux) et la deuxième guerre mondiale viendront sonner le glas de l’extraction dans cette carrière.

Une centaine d’ouvriers vers 1913, moins de 50 vers 1930.

Pourtant, la pierre était de qualité.

De texture granuleuse et non écailleuse, de couleur blanche "en cassure et en patine", ce marbre bâtard est un calcaire blanc récifal du Portalien. Il servit de support à de nombreux monuments locaux ou parisiens (dont certaines sculptures de l’Opéra de Paris).

Malheureusement, cette pierre qui craint le gel est principalement réservée à un usage intérieur.

Que reste il de ces période de labeurs et de travail ?

- Un gigantesque plan incliné d’une centaines de mètres, bordé d’un rail métallique, surplombé par un non moins gigantesque treuil dont les deux roues laissent pendre un antique câble de traction.

- Quelques berlines et wagons envahis par l’herbe folle le long de rails ponctués de plaques tournantes et d’aiguillages.

- Les vestiges de constructions  : quatre murs, une cave, une citerne.

En suivant les rails (voies de "75"), la montagne s’ouvre et la caverne apparait dans la falaise. Une petite cavité contenait jadis une vierge, des parpaings ferment certaines ouvertures.

Une fois l’entrée passée (soit en dévalant un éboulis, soit en sautant les blocs de roche tombés de la falaise), l’œil prend la mesure des volumes. Ce n’est pas grand, c’est gigantesque !!

L’entrée laisse le choix : divers tunnels s’offrent au visiteur.

Partant sur la droite :

- La salle aux deux piliers de plus de 15 mètres de haut, un compresseur et une cahute.

- un tunnel mène à une excavation puis a un nouveau tunnel.

retour à l’entrée !!

De magnifiques morceaux de rail de type "Decauville" avec plaque tournante et aiguillages vivent leurs derniers jours sans wagonnets.

Seulement, au fond d’un second creusement, un tunnel plus large où les traverses d’une voie antique ont laissées leur creusement dans la roche , ce tunnel donc, nous conduit au cœur de la montagne, dans l’antre du géant.

- Une série de voies de "50", avec triage et voies de garage où chaque patte d’oie conduit à trois ou quatre voies de stationnement, sur une centaine de mètres.

- Le clou du spectacle : la salle des Titans, haute de presque 20 mètres, une centaine de mètres de long et parfois presque 30 de large, dont le plafond contient lui même une autre salle non accessible au ciel de carrière. A cet instant, le visiteur comme dans le voyage de Lemuel Gulliver, devient lilliputien à Brobdingnag. Tellement petit dans ce gigantesque univers souterrain. C’est magnifique. On en vient même à penser que les ouvriers sont en pause et vont bientôt revenir.

- un tunnel à deux voies parallèles, où quelques berlines rouillées se laissent bouger malgré les grincements. Un peu plus loin, les deux voies se rejoignent, une berline subsiste, bloquée entre deux effondrements. Plus loin, la voute cimentée se perd dans les effondrements, à moins qu’une sortie subsiste.....

Il faut dire que les trolls et les farfadets veillent sur les lieux et parfois les blocs tremblent et saupoudrent les lieux (et les visiteurs indiscrets !) d’une myriade de minuscules morceaux de ce marbre de calcaire ............

C’est alors le bon moment pour rejoindre la lumière du jour et de retrouver la vallée avant le retour du géant qui habite ces lieux.

Et si c’était ici l’antre de Polyphème ........

Répondre à cet article

1 Message


Derniers commentaires

15/12 — La carrière de Polyphème — par Parozan

Sympa la photo duTitan et sympa aussi la balade Lire la suite »