Chagneux triage

Lundi 30 novembre 2009, par Grenouille // Calcaire

Banlieue parisienne, continuité du plateau calcaire. Partie orientale de ce grand réseau sub-paname.

Le réseau est vaste, les galeries droites, basses, souvent boueuses, mais quasiment aucun détritus n’est visible. Enfin un lieu propre où les quelques traces d’activité cataphile se cantonnent à de rares squats aménagés de tables de pierre et de vieux fauteuils.

Passé le puits d’entrée à échelons, la particularité principale de ce réseau se fait sentir tout de suite : c’est bas, parfois très bas de plafond ! Souvent autour de 1,60 m, parfois 1,80 m, et quelques fois 1,40 m de haut. Il faut courber l’échine, tout en prenant garde au sol glissant d’une glaise lourde et visqueuse. Cette gymnastique presque amphibienne peut occasionner des glissades suivies de chute heureusement souvent sans gravité autre qu’un plongeon dans la boue. C’est vrai que les yeux rivés au plan, le sac sur le ventre et la position de marche proche de celle d’un rugbyman sprintant pour marquer un essai, ne facilite pas la lecture du sol et des embuches qui s’y cachent ! Et puis, après le plouf, ceux qui suivent se demandent pourquoi cette figure de style dans lieu peu propice au double salto par l’avant. Après une seconde d’inquiétude, le sourire remplace la crainte. Tout va bien même si la boue ça rafraichit le séant !!

Les galeries sont rectilignes, et rayonnent souvent autour d’anciens puits d’extraction aujourd’hui comblés. Elles parcourent le réseau sur 3 niveaux de faible hauteur, communiquant par pente douce, puits à échelons ou passage étroit (trou d’homme ?) sous le front de taille.

Le calcaire de bonne qualité extrait dans ces carrières à été utilisé à la construction de ponts parisiens ainsi que pour servir d’assise à certain monuments (Louvre, Arc de Triomphe).

La méthode d’exploitation est classique :
- bourrage et hagues de pierres sèches.
- piliers à bras soutenant le ciel.
- fronts de taille en masse calcaire bordant les galeries.
- fontis au ciel ou entre les niveaux d’exploitation.

Des traces de peinture verte ou rouge de l’IGC sont visibles. Elles marquent les secteurs "à risque" et servent de repère permettant de suivre l’évolution des affaissements.

Le réseau, qui se trouve en grande partie sous les voies de chemin de fer travaille et de nombreux piliers s’écaillent ou éclatent doucement sous la poussée verticale et les vibrations. De nombreuses infiltrations génèrent de magnifiques concrétions colorées ou transparentes (dents de cochon, fistuleuses, parois de front de masse calcifiées). Sous le secteur des anciens ateliers d’entretien, des suintement bitumineux et odorants sur le front de masse trahissent par cette belle pollution l’activité passée des hommes 30 mètres plus haut.

Au nord, subsiste un abri de guerre situé sous la gare de triage. Nœud important du trafic parisien pendant la dernière guerre, la SNCF avait fait aménager dans cette partie des anciennes carrières un abri accessible par une pente douce suivie d’un escalier. Aujourd’hui, les injections dues aux différentes vagues de constructions isolent ce vestige du passé. Il reste de cette époque des bancs de bois, des plots de l’ancienne ligne électrique, des pièces aux murs de brique ajourés, une civière en métal, un couvercle de caisse d’atelier ainsi qu’un gigantesque panneau indicateur spécifiant le partage de l’abri entre le personnel et le public.

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